mercredi 14 décembre 2005

Quels mots vous révèlent et vous hantent?


Il n’y a pas de hasard. Certains mots vous traquent et créent des brèches dans les fortifications que l’écriture dresse autour de soi.
L’abécédaire peut s’avérer un exercice périlleux. Vingt-six mots suffisent-ils à dresser un portrait juste de soi ? Denise Desautels, à partir de chaque lettre de l’alphabet, a isolé un mot pour plonger dans ses hantises et la source de son écriture. Elle s’y abandonne avec une franchise et une honnêteté désarmantes. Une puissance égale à «Ce fauve, le Bonheur» qu’elle livrait en 1998.
«Après, bibliothèque, chat, écrire, journal, père» s’imposent. Une liste d’apparence anodine qui entraîne le lecteur dans l’univers de cette poétesse et écrivaine. Des événements qui laissent sans volonté, une difficulté à écrire cet «après». L’auteure s’arrache à peine à la mort de sa mère. Le monde est dévasté et elle doit réapprendre à posséder le jour.
«Mai 2002. J’écris après. Après la disparition de ma mère et de Lou, deux femmes ayant servi de modèles à deux autres, fictives, qui se relaient auprès de l’enfant, ma semblable, ma sœur, la narratrice de Ce fauve, le Bonheur. Après la parution de l’étrange trilogies : Cimetières : la vague muette, Tombeau de Lou et Pendant la mort. Après septembre, le 11, et ce qu’il y a devant, ce qu’il y a derrière, de souffrant, d’irrésolu, d’aveugle.» (p.7)

La mort

Denise Desautels interpelle ses morts, ceux qui ont menacé sa vie. Le père décédé quand elle était enfant, sa mère, des proches, des disparitions qui sont venues la hanter pour ne plus la quitter. Une présence que l’écriture a su garder à distance mais en exigeant une attention de tous les instants.
«J’écris dans une solitude privée d’ajournement. Traquée par cette insignifiance de l’après qui repousse loin la moindre prétention. Quoi qu’en pense l’autre, qui ne grandira jamais, je refuse de prendre le chemin creux où le sable bouge et nous enfonce. Or, dans ce silence qui précède l’aurore, certains mots ont l’air de petits tyrans.» (p.11)

Un livre touchant où elle ramène des réflexions puisées dans ses nombreux livres et ses lectures. Des textes d’une densité remarquable. Comme si Denise Desautels s’éloignait de sa poésie dans «Ce désir toujours» pour mieux la palper. Comme elle scrute une sculpture, recule devant une toile pour mieux la «voir». Denise Desautels cisèle chaque phrase avec une rigueur d’orfèvre.

«Ce désir toujours» de Denise Désautels est paru aux Éditions Leméac.

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